Bayrou vs. Cohn-Bendit : avantage Sarkozy !
L’échange d’hier soir entre François BAYROU et Daniel COHN-BENDIT ne marquera sans doute pas les annales de la politique. C’est le moins que l’on puisse dire… D’autant que le plus désolant dans cette affaire est que l’un et l’autre sont amis (si, si) et surtout complémentaires : même amour pour l’Europe, vision sensiblement proche de son avenir et de son fonctionnement démocratique, conscience des enjeux écologiques et du potentiel du concept de développement soutenable (Jean-Luc BENNAHMIAS et Corinne LEPAGE, tous deux vice-présidents du MoDem, ainsi que Yann WEHRLING, lui aussi au MoDem, sont aux côtés de BAYROU pour en témoigner)… Alors que s’est-il passé pour que, sous l’effet d’annonce de quelques sondages de fin de campagne, l’un et l’autre s’invectivent de la sorte ?
Objectivement, je donne raison et à Dany, et à Bayrou, quant à la pertinence globale de leurs propos. Là où le format de l’émission organisait une contradiction médiatique, en réalité il y avait connexité. Bien sur que ces élections européennes sont importantes au regard d’abord de l’enjeu Européen (quel prochain Président de la Commission ? quelle réponse aux défis énergétique, rural, sanitaire, écologique, économique… ? comment promouvoir une réelle responsabilité sociale de l’entreprise et une éthique du marché ?), mais comment ne pas voir que la principale menace qui pèse sur l’Europe est la montée en puissance d’une part des forces néo-conservatrices et moralistes, d’autre part les lobbies industriels traditionnels ? En d’autres termes, le courant politique mondial dans lequel s’inscrit le sarkozisme et son action politique – locale, nationale et européenne – EST le principal obstacle qui compromet l’avancée, dans le sens du développement durable, des dossiers européens.
Personne ne doit jouer les faux-dupes. La forme de cet échange était exécrable, et personnellement, je considère que les attaques contre des supposées connivences politiciennes entre Dany et Sarko étaient exagérées (voir abusives). Que François BAYROU dise que le « système politique » mis en place par le Président de la République repose avant tout sur la division de ses oppositions, et qu’en conséquences toutes les attaques que les uns adressent aux autres – qu’ils soient MoDem, PS ou Europe écologie – profitent à l’Empereur est tout simplement juste. Qu’il dise aussi que certains instituts de sondage et certains médias sont, eux-aussi, des acteurs clés de ce système politique, notamment dans la diffusion des informations et l’interprétation des chiffres est également une chose juste.
Mais il n’est pas juste d’aller au-delà. Daniel COHN-BENDIT n’est pas un suppot de l’Elysée, il n’a pas mis volontairement son énergie politique pour asseoir la réelection de Nicolas SARKOZY, et il est et reste un homme politique respectable, qui a (je l’espère) encore beaucoup à apporter au débat politique français.
Le seul reproche politique « de fond » que je formule à l’encontre de Daniel COHN-BENDIT, de Michèle RIVASI (candidate Europe Ecologie Sud-Est) et de l’ensemble de leurs listes est de vouloir donner l’illusion de la cohérence entre toutes les familles de l’écologie politique. Je l’ai écris dans ce blog : c’est non-seulement une contre-vérité, mais c’est surtout une erreur stratégique qui compromet l’avancée des dossiers majeurs qui nous préoccupent. Non, il n’est ni juste ni efficace de laisser croire que les écologistes anti-capitalistes et/ou décroissants (José BOVE en tete) proposent la meme vision économique et sociale de l’Europe que les autres écologistes. Ce n’est pas parce qu’il existe entre plusieurs courants un socle commun de valeurs et de convictions (sur les OGM, les transports, l’énergie, les NTE, la défense de la santé…) que pour autant, les politiques conçues pour réaliser ces convictions sont identiques, voir même compatibles.
Or les électeurs exigent de nous de la cohérence. Pas celle médiatique, de façade, qui place les idées au second plan par rapport à l’image d’une supposée union. Soyons sérieux un instant : l’union, les écologistes ont passé le plus clair de leur temps ces dix dernières années, à la trouver… en vain ! Et pendant ce temps là, nous avons perdu du temps à créer d’autres ponts avec des familles politiques qui certes ne viennent pas de l’écologie, mais qui, unies à nous sur d’autres formes de cohérences (économiques et sociales notamment), peuvent permettre à nos idées et à nos convictions de croître. La vraie cohérence exigée par les Français – au-delà de ces élections européennes – est celle du projet, écrit par des mains diverses mais compatibles, et qui répondent à toutes les dimensions d’un projet de société (l’environnement et la santé bien sur, mais aussi l’économie, les politiques sociales et de solidarité, le développement des réseaux de proximité, le rapport à la sphère privée…).
Finalement, peu importe cet échange désagréable entre deux personnalités politiques importantes qui devraient travailler la main dans la main. Malgré le résultat des urnes dimanche soir, il n’y aura ni vainqueur, ni vaincu, ou du moins, ceux désignés par les chiffres n’auront aucune pertinence. Les vraies questions restent posées, aussi bien au MoDem, aux Verts, au PRG, au PS et plus généralement à l’ensemble des républicains de ce pays : comment allons nous nous organiser pour proposer aux Français l’alternance efficace dont le pays aura besoin en 2012. Sur ce point, je rejoins entièrement l’analyse de François BAYROU… Mais prenons garde (et lui en tête) à ce que les dissensions partisanes et les querelles de leadership nous dévient de notre seul objectif. A l’Elysée, ils comptent sur elles pour gagner l’ingagnable !