L'Ecologie politique doit désormais s'assumer comme une doctrine autonome
Combien de fois ais-je entendu que l'écologie ne devait pas être l'affaire d'un seul parti politique, mais la préoccupation de tous les partis ? En théorie, l'affirmation relève du bon sens. Mais en pratique... de la plus populiste des mauvaise foi. Depuis quelques années maintenant que la question du réchauffement climatique est enfin sur la table, que l'opinion a véritablement pris conscience qu'il y avait là une préoccupation mondiale de premier ordre, les partis politiques se sont évidemment adaptés : plus aucun programme ne fait l'impasse sur le thème de l'environnement, les élus se répandent dans tous les médias pour dire que le développement durable est leur priorité, tout le monde promet des éco-quartiers... mais en réalité, l'engagement en faveur de l'écologie reste essentiellement un discours de campagne, et les quelques réalisations concrètes qui peuvent éventuellement poindre ici ou là, sont le plus souvent des "faire-valoirs" complètement déconnectés d'une vision globale et cohérente de développement durable. L'écologie, tout le monde en parle. Mais très peu acceptent de s'y plonger entièrement. La raison est très simple : l'écologie politique, c'est avant tout une culture politique à part entière, qui tranche radicalement avec celles, traditionnelles, qui ont structuré notre paysage politique jusqu'à présent ainsi que la pensée de la grande majorité de nos élus. On peut parfaitement devenir écologiste, mais pour cela, il faut accepter de rompre avec ce que l'on a été depuis toujours.
Plus concrètement, cela veut dire que l'on accepte de repenser entièrement nos modes de production et de redistribution des richesses, nos modes de consommation, notre rapport aux territoires, dans un sens qui préserve impérativement les ressources naturelles, la biodiversité et la santé. Si l'égalité et la justice sociale restent des objectifs importants, tout comme la création de richesses, ce qui change fondamentalement avec l'écologie politique c'est qu'elle place un ensemble de valeurs, d'objectifs et de priorité au-dessus d'eux. En découlent un autre rapport à la Science et la Technique (notamment avec principe de précaution), une autre conception de la responsabilité individuelle et collective (notamment avec le principe pollueur-payeur et le concept de responsabilité sociale et environnementale) ou encore une façon différente d'établir les priorités industrielles et économiques. C'est bien une autre vision de la société qui émerge, par rapport à celle que nous connaissons aujourd'hui et qui a été modelée pendant des décennies par l'alternance des pensées social-démocrates et libérales.
Clairement, peu de partis politiques ont accepté et assumé ces révolutions culturelles. Il suffit de constater les positions des uns et des autres face au principe de précaution, aux OGM, à l'énergie nucléaire, aux nanotechnologies, aux industries de l'automobile, à l'éco-fiscalité... Tout au plus sont-ils prêts à défendre certaines "solutions" proposées par les écologistes - les énergies renouvelables, les transports doux, le développement du bio dans les cantines scolaires... - mais cela s'arrète là. Des petits progrès, aussi nécessaires et bienvenus soient-ils, ne confèrent pas pour autant à leurs auteurs la culture qui fonde l'écologie politique.
Dès lors, il est absolument justifié qu'à côté des partis traditionnels, il existe un (ou plusieurs) parti(s) écologiste(s), et ce même si la préoccupation environnementale se développe et se répand dans nos sociétés contemporaines. Car ce(s) parti(s) ont, outre une identite doctrinale spécifique et autonome, la vocation d'accompagner la prise de conscience collective - qui s'amorce à peine - vers une véritable révolution sociétale pacifique et écologiste.
Il faut sans doute tirer de celà plusieurs constats :
1° - L'incapacité du Mouvement Démocrate à s'engager pleinement dans la révolution culturelle ci-avant exposée, est évidemment la première cause de son échec. Car cherchant à s'ancrer dans un nouvel espace distinct des droites et des gauches traditionnelles, il aurait du se dôter d'une doctrine innovante et spécifique. Or cette démarche ne s'est pas opérée (malgré les efforts et les alertes de Corinne Lepage), le MoDem restant doctrinalement attaché à la social-démocratie et à la démocratie-chrétienne classiques. Ces lacunes et carences substantielles ont purement et simplement plongé le parti dans les méandres de bipolarisation, le laissant se faire broyer par les deux autres grands pôles vis-à-vis desquels il n'a pas su se distinguer ;
2 ° - L'obsession de l'appareil des Verts à tenter de démontrer que l'écologie politique est nécessairement de gauche (voire de gauche anti-capitaliste) est une stratégie qui n'a aucun sens et qui est aussi absolument périlleuse. Car c'est finalement considérer que la doctrine des écologistes n'est qu'une excroissance des doctrines des gauches (donc la négation de son autonomie), et contribue à importer au sein de la famille écolo la fracture doctrinale qui oppose les anti-capitalistes aux sociaux-démocrates. Cette voie là ne permettra jamais à la culture écologiste de se développer. Elle ne peut être que source de plus de division, et de plus d'inféodalisation.
3 °- La stratégie proposée par Daniel COHN-BENDIT il y a quelques semaines - qui consiste à dire qu'en échange d'un soutien dès le premier tour des présidentielle au candidat socialiste, il faut l'assurance d'un groupe parlementaire conséquent au Parlement - est fort intéressante. Car en misant le développement de l'écologie politique sur les législatives, plutôt que sur la présidentielle dont tout le monde sait bien que les écologistes ne la gagneront pas, Dany indique :
a - que les écologistes sont des partenaires à part entière, mais autonomes, des autres forces progressistes et alternatives de ce pays
b - que les écologistes ont avant tout un rôle à jouer dans la production des lois et des politiques, à condition qu'ils soient une force substantielle et non plus anecdotique de la vie parlementaire
c - que les écologistes se donnent le temps qui leur est nécessaire pour organiser, de façon efficace, leur nouvelle structuration qui les mènera vers un développement croissant dans le paysage politique
Le destin des écologistes est désormais entre nos mains. A nous de démontrer que nous sommes capables d'exister à partir de notre propre identité, sans oukases entre nous, et avec une véritable envie de produire des idées innovantes. Nous le savons tous : nous n'avons pas 15 ans devant nous pour résoudre toutes les crises environnementales et sanitaires qui nous menaçent. Il est grand temps de siffler la fin de notre récrée, d'assumer nos responsabilités et de démentir la fausse idée que tous les autres partis sont, eux aussi, des écologistes convaincus.
Plus concrètement, cela veut dire que l'on accepte de repenser entièrement nos modes de production et de redistribution des richesses, nos modes de consommation, notre rapport aux territoires, dans un sens qui préserve impérativement les ressources naturelles, la biodiversité et la santé. Si l'égalité et la justice sociale restent des objectifs importants, tout comme la création de richesses, ce qui change fondamentalement avec l'écologie politique c'est qu'elle place un ensemble de valeurs, d'objectifs et de priorité au-dessus d'eux. En découlent un autre rapport à la Science et la Technique (notamment avec principe de précaution), une autre conception de la responsabilité individuelle et collective (notamment avec le principe pollueur-payeur et le concept de responsabilité sociale et environnementale) ou encore une façon différente d'établir les priorités industrielles et économiques. C'est bien une autre vision de la société qui émerge, par rapport à celle que nous connaissons aujourd'hui et qui a été modelée pendant des décennies par l'alternance des pensées social-démocrates et libérales.
Clairement, peu de partis politiques ont accepté et assumé ces révolutions culturelles. Il suffit de constater les positions des uns et des autres face au principe de précaution, aux OGM, à l'énergie nucléaire, aux nanotechnologies, aux industries de l'automobile, à l'éco-fiscalité... Tout au plus sont-ils prêts à défendre certaines "solutions" proposées par les écologistes - les énergies renouvelables, les transports doux, le développement du bio dans les cantines scolaires... - mais cela s'arrète là. Des petits progrès, aussi nécessaires et bienvenus soient-ils, ne confèrent pas pour autant à leurs auteurs la culture qui fonde l'écologie politique.
Dès lors, il est absolument justifié qu'à côté des partis traditionnels, il existe un (ou plusieurs) parti(s) écologiste(s), et ce même si la préoccupation environnementale se développe et se répand dans nos sociétés contemporaines. Car ce(s) parti(s) ont, outre une identite doctrinale spécifique et autonome, la vocation d'accompagner la prise de conscience collective - qui s'amorce à peine - vers une véritable révolution sociétale pacifique et écologiste.
Il faut sans doute tirer de celà plusieurs constats :
1° - L'incapacité du Mouvement Démocrate à s'engager pleinement dans la révolution culturelle ci-avant exposée, est évidemment la première cause de son échec. Car cherchant à s'ancrer dans un nouvel espace distinct des droites et des gauches traditionnelles, il aurait du se dôter d'une doctrine innovante et spécifique. Or cette démarche ne s'est pas opérée (malgré les efforts et les alertes de Corinne Lepage), le MoDem restant doctrinalement attaché à la social-démocratie et à la démocratie-chrétienne classiques. Ces lacunes et carences substantielles ont purement et simplement plongé le parti dans les méandres de bipolarisation, le laissant se faire broyer par les deux autres grands pôles vis-à-vis desquels il n'a pas su se distinguer ;
2 ° - L'obsession de l'appareil des Verts à tenter de démontrer que l'écologie politique est nécessairement de gauche (voire de gauche anti-capitaliste) est une stratégie qui n'a aucun sens et qui est aussi absolument périlleuse. Car c'est finalement considérer que la doctrine des écologistes n'est qu'une excroissance des doctrines des gauches (donc la négation de son autonomie), et contribue à importer au sein de la famille écolo la fracture doctrinale qui oppose les anti-capitalistes aux sociaux-démocrates. Cette voie là ne permettra jamais à la culture écologiste de se développer. Elle ne peut être que source de plus de division, et de plus d'inféodalisation.
3 °- La stratégie proposée par Daniel COHN-BENDIT il y a quelques semaines - qui consiste à dire qu'en échange d'un soutien dès le premier tour des présidentielle au candidat socialiste, il faut l'assurance d'un groupe parlementaire conséquent au Parlement - est fort intéressante. Car en misant le développement de l'écologie politique sur les législatives, plutôt que sur la présidentielle dont tout le monde sait bien que les écologistes ne la gagneront pas, Dany indique :
a - que les écologistes sont des partenaires à part entière, mais autonomes, des autres forces progressistes et alternatives de ce pays
b - que les écologistes ont avant tout un rôle à jouer dans la production des lois et des politiques, à condition qu'ils soient une force substantielle et non plus anecdotique de la vie parlementaire
c - que les écologistes se donnent le temps qui leur est nécessaire pour organiser, de façon efficace, leur nouvelle structuration qui les mènera vers un développement croissant dans le paysage politique
Le destin des écologistes est désormais entre nos mains. A nous de démontrer que nous sommes capables d'exister à partir de notre propre identité, sans oukases entre nous, et avec une véritable envie de produire des idées innovantes. Nous le savons tous : nous n'avons pas 15 ans devant nous pour résoudre toutes les crises environnementales et sanitaires qui nous menaçent. Il est grand temps de siffler la fin de notre récrée, d'assumer nos responsabilités et de démentir la fausse idée que tous les autres partis sont, eux aussi, des écologistes convaincus.
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